Vignemale : Dossier complet

Vignemale : Dossier complet

Le Vignemale est plus qu’une montagne, c’est un massif au cœur des Pyrénées. Il culmine à la “Pique Longue” à une altitude de 3 298 mètres, sommet situé sur la crête frontière. La Pique Longue est le plus haut sommet des Pyrénées françaises. Le massif est bordé par Cauterêts au Nord-Est, le massif de Gavarnie au Sud-Est, le val d’Azun et le Balaïtous au Nord-Ouest.

Le Vignemale est une montagne emblématique des Pyrénées, au même titre que le Mont Perdu. Son histoire, son glacier, sa face nord, ses grottes en constituent les principaux centres d’intérêts.

Topographie

La Pique Longue et les sommets de 3 000 m environnants constituent un remarquable cirque glaciaire ouvert à l’est, délimité par le Petit Vignemale (3 032 m) au Nord-Est et le Monferrat (3 219 m) au Sud-Est. Le glacier qui descend d’Ouest en Est est le second des Pyrénées par sa superficie (derrière celui de l’Aneto). Il est dénommé glacier d’Ossoue. C’est aussi le seul véritable glacier de “langue” de la chaîne.

Carte du Vignemale
Carte du Vignemale

Histoire de sa conquête

Anne Lister et Napoleon Joseph Ney, Prince de la Moskowa

La première ascension officiellement reconnue, du moins écrite, est datée de 1 838, même si d’autres ascensions eurent lieues auparavant, notamment pour des besoins géodésiques. L’histoire de cette “première” est d’ailleurs remarquable, je m’en vais donc vous la conter.

Eté 1838, Cauterêts.

A une époque où randonnée, ski et alpinisme n’ont pas encore trouvé leur public, Cauterêts est néanmoins connue et reconnue pour ses eaux thermales.

C’est dans cette ville en vogue à cette époque que vient Anne Lister. Anne n’est pas nouvelle dans les Pyrénées. Huit ans auparavant elle a conquis le Mont-Perdu, s’arrogeant ainsi la première ascension féminine de ce sommet. De retour aux Pyrénées en 1838, accompagnant son amie en cure thermale à Luz Saint-Sauveur, elle ne compte pas se tourner les pouces et c’est au cours de l’ascension du Pimené, joli sommet face au cirque de Gavarnie, qu’elle découvre véritablement le Vignemale à l’Ouest, sa horde de 3 000 et son glacier et qu’elle décide de son ascension.

Anne Lister
Napoléon Joseph Ney - Prince de la Moskowa

Au même moment, Napoléon Joseph Ney, prince de la Moskowa et fils du fameux Maréchal Ney, maréchal d’empire, arrive dans la région avec la ferme intention de gravir un sommet remarquable et arrête son choix sur … le Vignemale.

Le Vignemale apparaît alors comme un bastion, protégé de toute part par de hautes parois, bien qu’ouvert à l’est avec la langue glaciaire. Mais à cette époque, les glaciers cristallisent les peurs, et c’est pourquoi tous deux rencontrent le guide Henri Cazaux. Ce dernier serait déjà parvenu au sommet avec son beau-frère Guillembet un an auparavant par une voie dont ils ont le secret.

Des deux protagnonistes pour le sommet, c’est Anne Lister qui s’élance la première, elle est accompagnée du guide Henri Cazaux et Guillembet, Jean-Pierre Charles et Jean-Pierre Sajous. Parvenu au pla d’Aube la veille, c’est à 2h du matin le 6 août qu’ils partent de la cabane de Saoussat-Debat (actuelle cabane de Lourdes ?). Contournant le Montferrat par le sud, ils s’engagent dans le couloir entre le Cerbillona et le Montferrat et parviennent au col aux alentours de midi. Le sommet de la Pique Longue est atteint à 13h. Anne Lister devint à cet instant la première “touriste” au sommet. Ils y laissent une bouteille, marque de leur passage, et entament la redescente.

Quand le prince de la Moskowa se lance à son tour, le 11, il est persuadé qu’il est le premier. Il est accompagné de son frère Edgar, de David leur domestique, de Cazaux et Guillembet. Après une nuit passée au pied du Cardal, ils sont rejoints au Pla d’Aube par trois autres guides : Vincent de Luz, Baptiste de Gavarnie et Jean-Marie de Saint-Sauveur. C’est donc à 8 qu’ils grimpent en direction du Vignemale par le même itinéraire que leurs prédécesseurs, rencontrant certainement les mêmes difficultés, notamment une fameuse plaque de neige raide dans le grand couloir. En vue du sommet, Guillembet partira devant et sous prétexte de reconnaître l’itinéraire (qu’il connaît déjà cela dit au passage), ira retirer la preuve de l’ascension faite 6 jours auparavant. Les huit parviennent finalement au sommet et laisse, à leur tour, la preuve irréfutable qu’ils sont les premiers ! La redescente est difficile, et si chutes et glissades sont au rendez-vous, tous rentreront sains et saufs.

Non content de se savoir le premier, Napoleon Joseph Ney, le fait savoir. Le bruit de cette première ascension parvient aux oreilles d’Anne Lister qui n’entend pas laisser passer cette imposture. Devant avocat, elle oblige Henri Cazaux à la reconnaître comme première ascensionniste de la pointe la plus élevée du Vignemale.

Le prince de la Moskowa publiera plus tard le récit de son ascension sans faire mention de ce fait. La postérité attribuera à ce dernier le nom du couloir, et à Anne Lister, le nom du col qui le surplombe !

Le Comte Henry Russell

Si l’histoire a bien malheureusement plus retenu le prince de la Moskowa qu’Anne Lister, le Vignemale est surtout associé au Comte Henry Russell, personnage haut en couleur de la fin du XIXème siècle.

Figure emblématique du pyrénéisme, le Comte Henry Russell (1 834 – 1 909) fut l’auteur de nombreuses premières au travers des Pyrénées et fut ainsi l’un des pionniers de la conquête du massif.

Après un temps passé à explorer l’Asie et l’Océanie, il se consacre aux Pyrénées à partir de 1861, il a alors 27 ans. Vivant de ses rentes, il a tout loisir de parcourir en long et en large la chaîne. Parmi les premières qu’il signe, on retiendra les sommets remarquables suivants : Pic Carlit, Gourgs Blancs, Cylindre du Marboré, Pic Russel (1 864), Grande Fache (1 874), Grand Quayrat (1 879), Pics de Tapous (1 883) et près d’une trentaine d’autres sommets à 3 000 m.

Il réalise la première ascension hivernale du Vignemale (et ainsi la première ascension hivernale d’une telle envergure en Europe).

Comte Henry Russel

Au Vignemale, entre 1 881 et 1893, il fera creuser pas moins de 7 grottes. 3 d’entre elles se trouvent sous le Clot de la Hount à proximité du col de Cerbillona; ce sont dans l’ordre de construction la Villa Russell, puis la grotte “des guides” et enfin celle “des dames” (n°3) à des hauteurs différentes selon l’enneigement l’année de leur construction.

grottes-russel

Les trois premières grottes Russell sous le Clot de la Hount.

Mais à cet époque, le glacier n’a pas encore entamé sa décroissance inexorable, pire … (ou mieux) : Il monte. Les grottes sont ainsi recouvertes. Qu’à cela ne tienne ! Il en fait creuser 3 autres 800 m plus bas. Ce sont les grottes Bellevue qui se trouvent aujourd’hui sur la voie normale d’ascension et sous le glacier.

Il en fait creuser une dernière sous le sommet de la Pique Longue : Ce sera la Grotte du Paradis.

En 1 988, à sa demande, on lui accorde la concession du Vignemale pour 1 franc et pour 99 ans !!!

Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, dont une bonne moitié sur les Pyrénées. On retiendra “Souvenirs d’un montagnard” qui narre un certain nombre de ses ascensions à travers la chaîne.

Première ascension du couloir de Gaube

En 1 889, 5 individus se retrouvent dans les grottes Bellevue, chez le Comte Russell donc, et préparent un gros coup.

Il s’agit du gratin des grimpeurs pyrénéens de l’époque : Henri Brulle, Jean Bazillac, Roger de Monts, Célestin Passet et François Bernat Salles.

premiere-equipe-couloir-gaubeLeur objectif est majeur : il s’agit ni plus ni moins du plus grand couloir de glace de la chaîne, une goulotte de 600 m inclinée à 60° de moyenne dans la face Nord du Vignemale : le prestigieux couloir de Gaube.

Russel ne réussira pas à les dissuader de cette entreprise risquée. Le lendemain, ils sont au pied de la muraille et remonte le glacier en direction du couloir. Si Henri Brulle est l’instigateur de l’entreprise, c’est Célestin Passet qui prend la tête de la cordée. Il taillera pas moins de 1300 marches dans un mixte neige/glace, cinq heures durant, jusqu’à buter sur un bloc rocheux vertical et glacé, coincé là et sans échappatoire. Célestin continue à tailler dans la glace qui recouvre le rocher. Après deux heures et un bref répit, il donne tout et réussit enfin à passer. Action qui épargnera à l’équipe une périlleuse redescente.

Il tire ensuite Brulle, puis De Monts et les deux autres comparses. Le couloir est vaincu. Une équipe les attend au débouché de celui-ci.

Et comme tout exploit à toujours ses détracteurs, celui-ci ne fait pas exception. La polémique, non avenue, ne mérite même pas d’être décrite. Il s’agit d’un véritable exploit, tel, qu’il faudra attendre 44 ans pour qu’il soit répété.

A ce jour le couloir de Gaube reste une course alpine engagée, rêve de tout (alpiniste) pyrénéiste.

Les voies d’accès au Vignemale

Plusieurs possibilités  pour gravir cette montagne emblématique :

  • La voie normale emprunte le glacier par l’est et n’oppose aucune difficulté particulière si ce n’est le franchissement du glacier qui nécessite généralement des crampons.
  • Une voie plus sauvage et plus engagée correspond à celle des premiers ascensionnistes.
  • Une autre permet de rejoindre le haut du glacier par l’ouest et s’avère encore plus sauvage et complexe à suivre.
  • Un itinéraire permet de monter au Montferrat en premier lieu et de parcourir la crête jusqu’au sommet de la Pique Longue.

Dans un style plus engagé, on retrouve le couloir de Gaube ainsi que d’autres itinéraires difficiles qui parcourent la face nord du massif, mais ce sont là d’autres paires de manches, que je ne me risquerai pas à présenter, pas même à parcourir.

Je m’en vais ainsi vous présenter les quatre premiers itinéraires.

Voie normale : Glacier d’Ossoue

Pour gravir le Vignemale par le glacier d’Ossoue, il est possible de venir de Cauterêts par la vallée de Gaube ou la vallée de Lutour. A cette condition, une nuit au refuge de Baysellance s’impose compte tenu de la longueur de l’itinéraire, et impose ainsi un aller-retour en 2, voire 3 jours. Si l’objectif est le sommet avant tout, l’itinéraire qui monte de la vallée d’Ossoue est nettement plus rapide et permet l’aller-retour dans la journée à condition d’avoir la forme. Encore une fois la nuit au refuge de Baysellance est possible et permettra de réaliser le sommet au petit matin dans de meilleures conditions de montagne.

Je ne détaille pas les marches d’approche par les vallées de Gaube et de Lutour. Je reviendrai dessus à une autre occasion.

Ci-dessous les informations d’ascension depuis la vallée d’Ossoue.

Départ : Il se fait depuis le barrage d’Ossoue ou un peu en contrebas selon les capacités tout terrain de votre voiture se comportera sur la route un peu chaotique et le nombre de places libre au barrage. On y accède depuis Gavarnie en prenant une première fois à droite en arrivant au village et une seconde fois pour laisser la station de ski et le col de tentes sur notre gauche.

Distance totale: 8050 m
Altitude maximum: 3248 m
Altitude minimum: 1840 m
Denivelé total positif : 1522 m
Denivelé total négatif: -117 m
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L’itinéraire qui part du barrage d’Ossoue est évident. Il longe la retenue d’eau par la droite puis une fois parvenu au bout du grand plateau, on bascule sur l’autre rive en prenant un pont prévu à cet effet. A partir de là, l’ascension se fait en suivant le chemin et en gardant le torrent sur notre droite. On s’élève ainsi plein ouest en suivant le GR10. Pas de difficulté sinon une longue ascension jusqu’à la cote 2 500 m, altitude de la bifurcation entre le sentier qui monte à Baysselance et celui qui monte au Vignemale.

Le Vignemale et sa voie d’accès depuis le barrage d’Ossoue

Laissons le premier, sans difficulté jusqu’au refuge, pour prendre le second. On passe assez vite devant les grottes Bellevue et l’on monte ensuite en direction du glacier qui s’ouvre devant nous. La “rive gauche” du glacier (à notre droite donc pour nous qui montons) est plus pentue que le côté opposé et plus crevassé. Il est ainsi plus commode et moins risqué d’aborder le glacier par ce dernier. Tout en montant sur les imposants rochers, on s’écarte ainsi vers la gauche en reculant le moment du chaussage des crampons. Selon la saison, l’enneigement, l’heure de la journée, la température, l’état du glacier varie : altitude de début du glacier, qualité de la glace et de la neige : autant de conditions et de critères qui influeront sur le besoin ou non de crampons.

Rappelons avant de poursuivre que la progression sur glacier relève de l’alpinisme et non plus de la randonnée. Plus que jamais la connaissance de la haute montagne, l’expérience individuelle (et collective) et la bonne appréhension des dangers est indispensable pour juger des principes de précautions à prendre notamment vis à vis de la bonne utilisation des équipements adéquats crampons, piolet, corde, …

Ainsi, une fois harnaché comme il se doit et les deux pieds sur la glace, il convient de progresser le long de la langue glaciaire dont la courbure s’infléchit progressivement. L’ensemble des sommets du massifs nous entoure alors, formant une formidable couronne de 3 000 m. Une fois au centre de cette couronne, tous les sommets sont accessibles :

  • Piton carré et Pointe Chausenque en traversant le glacier vers le nord.
  • Pique Longue en traversant le glacier en diagonale direction nord-ouest. Sur le rocher, vigilance aux chutes de pierres incessantes quand des alpinistes vous précèdent. A ce sujet, je préconise de passer par le sommet immédiatement voisin :
  • Pic du Clot de la Hount après avoir atteint le col situé à l’ouest et point le plus haut du glacier. En progressant le long de l’arête vers le nord, on atteint le sommet sans difficulté. En poursuivant la crête à l’est, on parvient au sommet de la Pique Longue en ayant évité le caillassage. Attention petits pas de 2+ très aériens.
  • Pic de Cerbillona accessible sans difficulté en rejoignant au choix le col précédent ou le col de Lady Lister situé au sud-ouest du glacier
  • Et enfin le pic Central depuis le col de Lady Lister et en poursuivant la crête à l’est le sommet du Montferrat.

Après une journée bien remplie, la descente se fait simplement en reprenant pied sur le glacier ainsi que l’itinéraire de montée à l’envers.

Depuis le refuge de Baysselance

Distance totale: 3553 m
Altitude maximum: 3248 m
Altitude minimum: 2493 m
Denivelé total positif : 770 m
Denivelé total négatif: -171 m
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Du refuge de Baysselance, il convient de descendre un peu avant de remonter sur le glacier. Cette descente se fait en direction de la vallée d’Ossoue et revient sur les pas de ceux qui sont montés au refuge depuis le barrage. Deux possibilités s’offrent à l’alpiniste :

  • prendre pied sur la crête qui descend du petit Vignemale et récupérer une sente qui monte au glacier au plus direct : nécessite un peu d’attention pour passer la crête sans encombre, voire de poser un peu les mains pour se sécuriser (et donc d’être bien réveillés : attention à ceux qui seront partis de bonne heure pour le sommet).
  • sinon descendre le long du chemin jusqu’à rejoindre la bifurcation décrite dans la section précédente. Cet solution permet de passer devant les grottes bellevue (tandis que le précédent passe juste au dessus), mais rajoute une bonne centaine de mètres de descente et autant de remontée.

Selon le choix on aborde le glacier plus ou moins à sa droite, comme décrit auparavant il convient d’effectuer une longue traversée ascensionnelle vers la gauche. Pour la suite, se référer au récit précédent.

Refuge de Baysselance

Voie de la Moskowa

Voie historique mais originale, sauvage et “un peu” engagée (côté PD+), elle constitue une alternative intéressante au boulevard…, que dis-je, à l’autoroute décrite précédemment. Il est en effet probable que vous ne rencontriez personne sur cette voie oubliée des français et même de la plupart des espagnols.

Pour les français, l’entame pourra se faire depuis le barrage d’Ossoue, les espagnols viendront de Bajaruello. Je ne décrirai que le premier itinéraire, le second étant plus simple puisque longeant la vallée depuis Bajaruello le long du Rio Ara avant de remonter plein nord dans le couloir de la Moskowa.

Distance totale: 9153 m
Altitude maximum: 3248 m
Altitude minimum: 1840 m
Denivelé total positif : 1711 m
Denivelé total négatif: -308 m
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Depuis le barrage d’Ossoue, voir quelque peu en dessous, il est possible de rejoindre la cabane de Lourdes en se dirigeant au sud. Juste avant d’arriver à celle-ci, bifurquer à droite et prendre plein ouest en s’élevant le long du cours d’eau (à notre gauche). Ne chercher pas trop les cairns sur cet itinéraire 100 % hors sentier, mais conserver la direction jusqu’à parvenir au col au sud du Pic du Pla D’aube (~2 480 m). Une fois sur la crête frontière, il convient de repérer le cheminement en direction de la voie : longue traversée constituée de plusieurs traversées de mini vallons (3) descendant du massif des pics de Tapous. Se diriger ainsi à l’ouest, perdre un peu d’altitude (~100 m), en reprendre, en reperdre… globalement en perdre un peu mais pas trop pour passer à la sortie du troisième “mini-vallon” au dessus de barres rocheuses (2 350 m). Il convient ensuite de redescendre au plus facile pour accéder à l’entame du couloir de la Moskowa, bordé à droite par les contreforts du Montferrat et à gauche par ceux du Pic Central.

Vue sur la longue traversée descendante pour rejoindre l’entame du couloir

Remonter plein nord. C’est raide, … très raide et long, … très long. Si vous n’avez pas prévu assez d’eau (mini 2L par temps froid, conseillé 4 sinon), il est fort probable que vous n’en trouviez pas et que vous en mourriez :(, surtout si vous montez à midi, soleil dans le dos au mois d’août. Monter, encore et encore, slalomer entre les petites barres rocheuses, jusqu’à venir buter sur les grandes dalles grises qui tombent de la crête Pic Central – Montferrat quelques 500 m au dessus et virer progressivement à gauche en pénétrant dans une petite gorge par la gauche. Cette dernière se réouvre très vite et permet de visualiser à l’ouest l’entame d’un couloir redressé présentant quelques pas d’escalade. Pour y parvenir, traverser un champ de petit et moyen éboulis roulant sous les pieds et nécessitant courage et patience.

Le couloir présente deux cheminées côte à côte : préférer celle de gauche. Ca ne dépasse pas le III, c’est bien protégé (pas de risque de finir 300 m plus bas), et d’une vingtaine mètres. L’emploi de la corde peut rassurer les moins aguerris, mais n’est cependant pas indispensable. Le sac est cependant un facteur augmentant la difficulté, accrue aussi par :

  • la fatigue résultant de la longue marche d’approche et des 1 400 m de dénivelé accumulés dans les jambes depuis le départ
  • et par la possible déshydratation (attention aux crampes).

Les cheminées, clés de l’ascension, se trouvent sur la gauche

Ce passage ne doit pas donc pas être négligé et doit être appréhendé dans son contexte : celui d’une course particulièrement longue et exigeante. Une fois hissés, on se trouve sur la crête méridionale du Cerbillona que l’on remonte sur une cinquantaine de mètres avant de la quitter pour rejoindre une grande pente d’éboulis qui permet d’accéder après 250 mètres de dénivelé supplémentaires au col de Lady Lister (Chapeau bas pour celle-ci). La Pique Longue apparaît alors, dominant le massif.

Après quelques efforts désespérés, car plus nous allions, plus le Vignemale semblait se défendre, je touchai à la cîme des rochers, et me trouvai alors devant une immense plaine de neige circulaire, cachant évidemment un entonnoir colossal autour duquel s’élevaient quatre pics d’inégales hauteurs, les quatre sommets du Vignemale.

Ascension au Vignemale, Prince de la Moskowa

De là il est alors possible de rejoindre le Pic de Cerbillona immédiatement à l’ouest ou le pic Central à l’est et moyennant un peu plus d’effort le Montferrat. Pour accéder à la Pique Longue que je recommande de suivre la crête qui descend du Pic Cerbillona avant de remonter au Clot de la Hount.

Descente du Cerbillona en direction du Clot de la Hount

La redescente se fait alors naturellement par le glacier en suivant l’itinéraire de la voie normale jusqu’au barrage d’Ossoue.

Par la diagonale de Cerbillona

Encore plus perdu, plus sauvage, plus complexe et moins connu que la voie de la Moskowa, cette itinéraire (côté PD) résolument haute montagne est ainsi original et peu fréquenté car éloigné des accès les plus directs.  Depuis la France, on y accèdera après avoir passé le col des mulets par la vallée de Gaube ou le col d’Arattille depuis le refuge du Marcadau (Déjà 6 heures de marches depuis le Pont d’Espagne, difficile d’imaginer monter et descendre dans la journée, à moins d’être hyper entraîné et de connaître le terrain). L’arrivée se fait au col de Cerbillona entre le pic du même nom et le Clot de la Hount.

N’ayant jamais parcouru cet itinéraire je ne me risquerai pas à proposer un topo hasardeux. Je le note par contre dans mes tablettes pour l’année prochaine. Ce sera l’occasion de revenir au Montferrat qui m’a échappé cette année.

Par la crête Est du Montferrat

Cet itinéraire (côté PD) a l’avantage de monter Vignemale sans passer par le glacier et donc sans les crampons. La redescente peut ainsi se faire par le couloir de la Moskowa pour poursuivre sans crampons, soit par le glacier.

Vue combinée du refuge de Baysselance et du Montferrat (en rouge : l’arête est)

Pour rejoindre cet itinéraire, depuis la vallée d’Ossoue, monter sous le glacier du Nord au Sud jusqu’à rejoindre la crête Est et monter au plus facile jusqu’au sommet. En attendant que je poste l’itinéraire GPS,  il faudra chercher un peu le chemin :).

Les grands couloirs

La face Nord présente plusieurs grands couloirs permettant d’accéder, au printemps, aux sommets du massif. Ces itinéraires engagés sont réservés aux alpinistes expérimentés. Lorsqu’on est face à la face Nord :

Le plus à gauche (le plus à l’est donc) : la voie des Séracs qui sort au sommet du Petit Vignemale. Cotation AD+.

Le plus à droite : le couloir Ledormeur, qui sort à droite du Clot de la Hount, sur l’arête qui y monte. Cotation PD+.

Le plus au milieu : Le fantastique couloir de Gaube, référence dans les Pyrénées, qui sort entre le Piton Carré et la Pique Longue (voir l’histoire de sa première ascension) – Cotation TD-. Ainsi que sa variante, plus dure encore : le couloir en Y qui prend son indépendance au tiers de la hauteur du couloir de Gaube pour sortir entre la pointe Chaussenque et le Piton Carré. (Même pas trouvé de cotation).

Le point de départ de toutes ces voies se fait aux Oulettes de Gaube. Si vous y montez un beau WE d’hiver ou de printemps (ski ou raquettes au pied), nul doute que vous y croiserez nombre d’alpinistes courageux à la veille de leur ascension. L’occasion d’échanger sur les expériences respectives, et des approches souvent différentes du sport, mais toujours une même passion : la montagne; l’occasion aussi pour les randonneurs et alpinistes amateurs, comme je suis, de rêver un peu.

La course du Vignemale

Refuge de Tuquerouye – Eté 2006,

Je suis accoudé à la balustrade et contemple la face nord du Mont Perdu, quand je vois déboucher “Iron Man”: grand, crâne rasé, hyper athlétique, il porte un sac de 15 kgs sur le dos et un autre sous le bras. Sa copine suit à quelques mètres dessous. Lui à peine essoufflé me salue. Nous entamons la conversation. Je remarque vite son t-shirt estampillé : Marathon du Vignemale. Moi qui vient de terminer le semi-marathon de Paris, non sans peine, je tombe en admiration et je découvre l’existence des courses de montagne.  Ce jour là, je me suis juré de participer et de terminer cette course.

Ce sera chose faite 2 ans plus tard avec quelques amis : Depuis Cauterêts, montée au petit Vignemale par la vallée de Gaube et redescente par la Vallée de Lutour en 6h et des poussières.

Cette course magnifique a existé entre 1904 et 1906 à une époque où le trail n’était pas une discipline à la mode, même pas une discipline du tout. Elle résulterait de la rivalité entre guides des vallées de Cauterêts et Gavarnie. Alors, il n’était pas question de s’arrêter au petit, mais bien de se faire le grand ! Premier record en 6h01 ! Un siècle plus tard, j’ai presque un peu honte avec mes 6h passées avec 300 à 400 m de moins de dénivelé positive et négative.

Cette course est organisée chaque année ou presque (sur des circuits parfois originaux) par la ville de Cauterêts courant juillet et emprunte les sentiers du Parc National des Pyrénées au dessus du Pont d’Espagne. Il y a beaucoup de courses aujourd’hui dans les Pyrénées, mais celle-ci, outre les paysages somptueux, à une âme bien particulière. Pour plus d’info consultez le site dédié à la course .

Le devenir du glacier

Le Vignemale n’aurait pas tout son intérêt sans son glacier et pourtant, c’est inéluctable, il va finir pas disparaître. En été la hauteur des grottes Russel témoigne de sa fonte au cours du siècle passé. Le réchauffement climatique s’accélère, la fonte aussi. Sa couleur grise à la fin de l’été nous fait un peu pitié. Pour vous faire une idée de ce qu’il était au XXème siècle, allez-y en hiver ou regardez de vielles cartes postales.

Le glacier, un soir d’automne (léger saupoudrage de neige fraîche)

En un siècle le glacier a perdu 60% de sa surface. En 13 ans, il a perdu près de 18 mètres d’épaisseur ! Pour en savoir plus : Suivi de l’évolution du glacier.

D’une manière générale, les glaciers des Pyrénées vont disparaître les uns après les autres dans les décennies à venir. Ceux des Alpes suivent déjà et ceux d’Himalaya tout autant.

Les conséquences directes sont essentiellement une altération rapide des paysages de montagne, la création de gigantesques poches d’eau en suspension qu’il convient de drainer avant qu’elles ne ravagent les vallées qu’elles surplombent, des glissements de terrains, des perturbations rapides sur l’exploitation énergétique de l’eau de montagnes ou tout simplement sa consommation courante pour les populations des vallées qui en dépendent.

La fonte des glaciers répond à un phénomène global et planétaire. Les conséquences en montagne sont minimes comparées à celles de la fonte des calottes polaires qui fait monter les eaux et déplace des populations, ainsi qu’à celle de la fonte du Pergélisol (plus connu sous son nom anglais Permafrost), en Sibérie, qui libère du méthane et augmente encore l’effet de serre de notre planète.

Aujourd’hui, l’enjeu climatique est considérable pour la survie des espèces animales, à commencer par la notre. C’était juste l’occasion de le rappeler.

Sources bibliographiques

Pour en savoir plus, on peut se rapporter aux écrits historiques sur le Vignemale, à commencer par le récit de l'”Ascension au Vignemale” par le prince de la Moskowa, mais aussi  les “Souvenirs d’un montagnard” par le compte Henri Russel et “Ascensions” d’Henri Brulle. Henri Beraldi narrera successivement les ascensions d’Anne Lister et du Prince de la Moskowa dans “Cents ans aux Pyrénées“.

Pour les topos guides, on ne recommandera jamais assez le guide Olivier pour ses itinéraires originaux et détaillés, mais aussi le “Guide des 3 000 m” qui à défaut d’être aussi précis et détaillé que le précédent, à le mérite d’être exhaustif ou presque sur les itinéraires.

Coté cartes de randonnées, je recommande la carte de Michel Angulo sur le Vignemale.

Sources cinématographiques

J’attire aussi votre attention sur les remarquables reconstitutions historiques et amateurs de René Dreuil consacrées à la conquête du Vignemale et au Comte Russel, à découvrir sur son site et en extrait sur youtube.

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